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CINÉMA 映画館 Oh Lucy !

Oh Lucy  映画館 ! premier long métrage de la jeune réalisatrice Atsuko Hirayanagi, née le 2août 1975 à Nagano est actuellement à l’affiche.

Ni drame ni comédie dramatique Oh Lucy ! peut sembler sombre ; mais en épinglant certaines images d’Épinal, qu’on prête à la société nippone, Oh Lucy ! nous entraîne vers le rire. C’est drôle, pas désopilant, mais franchement drôle. « Comme quand on rit à un enterrement »

 

 


Lucy, est incarnée par Shinobu Terajima(寺島 しのぶ), superbe actrice qui descend d’une longue lignée d’acteurs du théâtre de Kabuki (歌舞伎) et qui a remporté de nombreux prix à travers le monde, dont l’ours d’argent de la meilleure actrice au 60e festival international du film de Berlin, pour le soldat dieu de Koji Wakamatsu.

 

Premières images un quai, de nombreux voyageurs derrière la « ligne blanche », en ordre, attendent un train en silence, on entend juste quelqu’un chantonner. Sans doute cet adolescent avec un casque sur les oreilles. Le train arrive. À ce moment un homme s’approche murmure adieu à l’oreille de qui ? Et se jette sous le train….
Pas de panique ! Juste un corps désarticulé projeté sur le quai ! Le décor est planté.
Lucy (Setsuko) reste sur place, sans réaction.

Lucy traverse la société sans seulement sembler s’en rendre compte. Elle est transparente et paraît sans âge ou peut-être celui où elle se serait comme « arrêtée » de vivre. Affublée de vêtements informes, pâle, discrète, elle navigue entre un travail en open store, entourée de collègues avec qui elle entretient des rapports « POLIS » et son appartement, où on ne sait où poser les pieds tant il est en désordre.
Tout est écrit tout est uniforme tout est tristement gris. Rien ne mérite qu’on s’y arrête.
Et tout à coup, dans ce monde sans âme une rencontre incongrue.

Le professeur d’anglais de sa jolie nièce Mika (Shiori Kutsuna jeune actrice d’origine japonaise), John(Josh Hartnett).

Des cours d’anglais peu académiques, dans une école qui ressemble à une maison de passe, où, on se fait des câlins, on endosse une autre personnalité, en même temps qu’une perruque ; Lucy pour Setsuko, Tom pour Komori (Koji Yakusho, légende du cinéma japonais : mémoires d’une geisha, Babel, Shall we dance, L’Anguille…).

 


Une porte s’ouvre dans l’univers silencieux de Setsuko. Une porte qui l’emmène vers un monde inconnu où l’on se parle. Elle tombe immédiatement amoureuse de Tom et va le poursuivre aux États-Unis accompagnée de sa sœur Ayako (Kaho Minami : Angel Dust, Infection, the Go Master, Sketches of Kaitan City), une pimbêche, envers qui elle nourrit une solide rancœur.
Lucy est touchante, en quelques mots laborieux adressés à sa voisine américaine dans l’avion « elle, voler, petit ami et se marier avec » ; elle dit ainsi à sa sœur sa frustration d’une vie.
Elle tombe enfin le masque, celui qui est porté en société au Japon afin de vivre en harmonie dans un espace restreint.
Oh Lucy ! n’est pas une bluette.
C’est la rencontre improbable entre des destins que rien ne semblait devoir réunir. On attend, on espère une révolte qui ne vient pas.
Si Oh, Lucy ! traite de la solitude dans la multitude qui pourrait se jouer dans n’importe quelle mégapole dans le monde ; c’est bien le huis clos de la Société japonaise et sa culture rigoureuse, sévère, dont les qualités sont les défauts qui lui donnent cette dimension, cette émotion.

C’est cette merveilleuse et implacable culture qui fait qu’on ne ressort pas de la salle sans y perdre nos dernières illusions sur ce monde inhumain pour lequel nous ne sommes pas faits. Oui, on ne ressort pas sans y laisser quelques plumes, même si la fin du film nous fait entrevoir une lueur d’espoir.

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